Spencer carabines et Fusils

La Spencer carbine  à canon court (20 inches, soit 51 cm - au lieu de 22 inches, soit 56 cm) principalement utilisée par la cavalerie US
La Spencer carbine à canon court (20 inches, soit 51 cm - au lieu de 22 inches, soit 56 cm) principalement utilisée par la cavalerie US

Un peu d’histoire

SPENCER Rifles et carbines

La guerre de Sécession fut le point de départ, d’une extraordinaire évolution technologique, en matière d’armurerie notamment.

En quelques années à peine, les armes à silex venues des siècles précédents, toujours en dotation dans certaines unités militaires, furent remplacées par des pièces munies d’une platine à percussion. Très vite apparurent les armes d’épaule se chargeant par la culasse au moyen de cartouches combustibles, autorisant une cadence de tir notablement plus rapide que les armes anciennes à chargement par la bouche.

Le système de carabines à barillet développé par Colt présentait certains avantages mais, ceux-ci étaient largement contrebalancés par de nombreux défauts propres à la structure même de ces pièces. Problèmes de décharges en série, lenteur du processus de rechargement, grande sensibilité aux conditions d’environnement furent autant de handicaps qui conduisirent cette formule dans une impasse.

Autant dire que l’apparition des carabines Henry sur les champs de bataille ne passa pas inaperçue !

Pour autant, et malgré son incroyable succès, la Henry ne fut pas la seule « repeater » mis à la disposition des combattants nordistes.

Avant même le déclenchement des hostilités, un autre inventeur, tout aussi talentueux qu’Henry, avait imaginé un type d’arme d’épaule à répétition, dont le succès commercial durant la guerre fut incomparablement supérieur à celui remporté par les Henry, bien que beaucoup plus limité dans le temps.

La Spencer version rifle (fusil en version 22 pouces et garde main allongé)
La Spencer version rifle (fusil en version 22 pouces et garde main allongé)

 

 

Ces armes sont l’œuvre de Christopher Miner Spencer, né à Manchester, Connecticut, le 20 Juin 1833.

 

Passionné de mécanique et d’armes à feu, le jeune homme occupa de nombreux emplois au sein de diverses entreprises de cette région en cours d’industrialisation, certaines d’entre elles disposant d’un matériel de fabrication assez sophistiqué pour l’époque.

Spencer fut notamment salarié de la société Colt.

 

En 1858, il était employé dans la filature appartenant à la puissante famille Cheney d’Hartford, quand il commença à travailler sérieusement à la mise au point de la carabine à répétition qui allait rendre son nom célèbre.

Grâce à l’aide bienveillante de ces employeurs, confiants dans les compétences techniques de leur collaborateur et conscients de l’énormité des profits envisageables, Spencer bénéficia de moyens matériels assez importants pour faire avancer son projet.

En 1859, les premiers prototypes, adoptant un système de culasse pivotante actionnée par un levier de sous-garde formant pontet, virent le jour.


Entre 1859 et 1860, quelques dizaines de ces pièces furent produites en petite série, chambrées pour le tir de munitions de calibres 36 et 44, à percussion annulaire.

Le 6 mars 1860, Spencer se vit attribuer le brevet américain N° 27393, correspondant au nouveau type de culasse mobile qu’il avait mis au point.

Ce système fut encore amélioré par le brevet N° 36062 du 29 juillet 1862 : « en abaissant le levier de sous-garde, l’étui contenu dans la chambre est automatiquement éjecté. Une cartouche logée dans le chargeur tubulaire se déplace vers l’avant, sous la poussée du ressort hélicoïdal situé à l’arrière de cette pièce. La munition est alors chambrée au moment de la fermeture de la culasse provoquée par la remontée du levier et sous-garde. »

Après avoir armé le chien manuellement, il ne restait plus qu’a presser la détente pour faire feu.

Dès lors, l’affectation des Spencer dans des unités montées s’imposa à l’esprit de tous et la commission recommanda vivement que le rifle soit acheté par l’Army, en vue de son affectation au sein d’unités de dragons et de cavalerie légère.


Ne ménageant pas sa peine, Spencer alla même démarcher les commandants d’unités montées, sur les différents fronts, afin de les convaincre de la supériorité écrasante qu’offrirait à leurs troupes, l’emploi de ces armes !

 

Cependant, la consécration de la carabine Spencer, que beaucoup d’historiens ont appelée depuis : «  l’arme qui a mis fin à la guerre civile », lui fut accordée par le célèbre colonel John Thomas Wilder, illustre commandant de la 1ère brigade montée du 17ème régiment de volontaires d’Indiana, dont les troupes se distinguèrent par leur bravoure insensée et leur acharnement à pourchasser les sudistes.

Wilder, lui-même, aurait déclaré un jour : « Aucun groupe d’assaut ne peut approcher à moins d’une cinquantaine de mètres d’une troupe équipée de Spencer. » Ces hommes ne pourraient pas y survivre et seraient abattus sur place, qu’ils tentent de se replier ou de charger ! Dans tous les cas, ils seraient certains d’être détruit par le redoutable feu dirigé contre leurs rangs par un adversaire si bien armé ! »

 

Les Spencer se distinguèrent notamment à Gettysburg, causant de très importants dégâts dans les rangs confédérés.

Désormais, les soldats sudistes, souvent mal armés, apprirent à vivre dans la crainte d’avoir à affronter des adversaires possédant des carabines à répétition aussi performantes que les Henry et les Spencer, dont ils ne réussirent jamais à récupérer que quelques exemplaires, vite réduit au silence faute de munition adaptée, que leur industrie de l’armement embryonnaire était dans l’incapacité de produire. 

 

La cartouche, baptisée « N56 » ou encore 56x56, à percussion annulaire, spécialement développée pour cette arme fut également très appréciée par sa bonne puissance et la régularité de ses mises à feu.

La dénomination 56x56, quelque peut trompeuse, indique simplement que l’étui de laiton possède le même diamètre (56) au collet et au culot, adoptant une forme parfaitement cylindrique : sa longueur étant de 42 mm environ et son calibre réel était de « 52 ». Sa balle ogivale en plomb pesait 400 grains environ propulsée par une charge de poudre noire de 45 à 50 grains.

On évalue à prêt de 60 millions le nombre de cartouche du N56 à percussion annulaire qui furent manufacturées durant la guerre.

Aux yeux des combattants qui les utilisèrent, les Spencer n’avaient que bien peut de défaut ! On leur reprocha parfois la relative fragilité de leurs différents ressorts et leur poids un peu excessif, sans que ces critiques n’atteignent jamais un niveau préoccupant.

En 1869, Spencer quitta la société, dont les installations furent rachetées par Olivier Winchester. Ses légendaires carabines de cavalerie, après avoir subi un certain nombre de modification, furent encore longtemps utilisées par des unités militaires montées opérant dans l’ouest du pays, chargées de lutter contre les tribus indiennes en perpétuelle soulèvement. 

Article Par Bruno Marceau

Texte extrait du livre de Didier Bianchi,

« Les armes de la guerre de sécession »(Tome II - Le Nord)

-Photos collection privée-