La Carabine Smith

 

L’une des carabines à chargement par la culasse parmi les plus intéressantes de cette période est très certainement l’une imaginée par Gilbert Smith, originaire de Buttermilk, dans l’état de New York.

 

Cette curieuse pièce, initialement destinée au marché civil, fit l’objet de deux brevets successifs, accordés à Smith le 5 août 1856 et le 23 juin 1857.

 

L’une des caractéristiques les plus surprenantes de cette carabine réside moins dans l’arme elle-même que dans la structure de la munition qui lui est destinée.

 

En effet, cette cartouche bizarre, pouvant être rechargée une quinzaine de fois, c’est du moins ce que prétendait son inventeur, possédait un étui en caoutchouc dur et un culot en carton fort, percé en son milieu d’un simple trou d’évent …

Une fois la charge de poudre versée dans l’étui, une balle graissée de taille appropriée pouvait être enfoncée à la main, à l’intérieur de cette douille dont la légère élasticité suffisait à assurer une bonne tenue du projectile.

Sur la carabine SMITH, comme sur beaucoup d’autres armes comparables de ce temps, l’amorçage est donc séparé, de type classique, faisant intervenir des capsules enchâssées manuellement sur le cône de cheminée.


Pour être chargée, la SMITH se « brise » comme un simple fusil de chasse, le canon formant alors un angle de 90° environ avec la crosse.


Sur les premiers exemplaires, le verrouillage du canon était assuré par un tenon Horizontal, coulissant le long de la face supérieure du boitier de culasse.

Ce dispositif ne permettant pas d’atteindre une parfaite étanchéité au niveau du plan de joint canon/culasse, d’importants échappements de gaz de combustion se produisaient au moment des tirs.

Ce grave défaut causa notamment le rejet de la carabine SMITH par les forces armées britanniques, auxquelles l’arme avait été présentée en 1858.

Conscient des effets désastreux de ce défaut structurel, Smith s’employa à y remédier en modifiant le système de verrouillage.

La barre coulissante fut alors remplacée par un puissant ressort à lame vissé sur le canon, juste à l’arrière de la hausse.

Sur sa portion postérieure, cette lame est ouverte par une mortaise rectangulaire, dans laquelle vient se loger, au moment de la fermeture de la carabine, un tenon de mêmes dimensions, solidaire de la partie supérieure du boitier de culasse.

Cette vue supérieure montre le solide  ressort à lame maintenant la carabine en position de fermeture
Cette vue supérieure montre le solide ressort à lame maintenant la carabine en position de fermeture

L’élasticité naturelle de ce ressort permettait de réunir solidement canon et boîtier, assurant du même coup une étanchéité plus satisfaisante lors des mises à feu. 


Comme sur la première version, le déverrouillage était opéré en relevant le longuet, dont le poussoir se trouve logé à l’intérieur du cadre défini par le pontet.

Ce geste, en soulevant le ressort d’accouplement, libère le tenon et l’arme peut être ouverte.

Ne disposant pas des structures lui permettant de produire lui-même sa carabine, Smith choisit de vendre ses brevets, dans le courant de l’année 1860, à l’importante firme Poultney & Trimble de Batlimore, Maryland, spécialisée dans le négoce international des armes à feu légères, encore dirigée par Thomas Poultney, l’un de ses fondateurs.

Dès qu’il eût acquis le droit de manufacturer cette carabine, celui-ci tenta par tous les moyens de la vendre à l’Army de l’Union au prix élevé de 35 dollars pièces.

Ripley, dont l’aversion pour les armes modernes était déjà bien connue, lui opposa plusieurs refus catégoriques, considérant que les tarifs pratiqués par Poultney étaient parfaitement inacceptables.

Poultney, choisit alors de « contourner l’obstacle » en présentant directement sa carabine au secrétaire d’état à la Guerre, qu’il n’eut aucun mal à convaincre des incomparables mérites de la SMITH !

La manœuvre, s’avéra payante et le 27 août 1861, le Général Ripley dût se résoudre à commander un premier lot de 10 000 pièces.

Selon ses recommandations, les armes seraient alors livrées à la Massachusetts Arms Company de Chicopee Falls, où elles seraient inspectées par des experts de l’Army, avant d’être payées, à raison de 32.5 dollars pièce.

Poultney & Trimble étaient fondamentalement des hommes d’affaires, non des industriels, et ne disposaient pas du potentiel leur permettant de construire un millier d’armes par mois.

Cependant, leur puissance économique était telle qu’ils n’eurent aucun mal à s’assurer le concours de sous-traitants chargés de mener à bien la totalité de la fabrication des SMITH.

En premier lieu, leur choix se porta sur une grosse entreprise de mécanique de Springfield : l’American Machine Works. Puis, soucieux d’économiser du temps et de l’argent, Poultney fit appel à l’American Arms Company de Chicopee Falls, toute proche de la Massachussetts Arms Company, où les armes devaient être inspectées par les militaires avant d’être homologuées par l’Army.

Au terme de difficiles tractations, le négociant réussit un coup d’éclat supplémentaire, en obtenant que ce soit la Massachussetts Arms Company qui se charge directement de la fabrication des pièces restantes !

Au total, quelques 30 000 carabines SMITH furent ainsi livrées à l’Army de l’Union, dans le respect des délais imposés par les contrats successifs.

A l’usage, les SMITH se révélèrent excellentes, d’un maniement simple et sûr, capables d’une puissance de feu intéressante et d’une cadence pratique de tir relativement rapide.

Elles furent essentiellement affectées à des unités de dragons, celles-ci étant souvent appelées à combattre à pied, leur spécialité étant le montage d’embuscades à proximité immédiate des lignes ennemies, et parfois même, derrière celles-ci. 

Article par Bruno Marceau

Texte extrait du livre de Didier Bianchi,

« Les armes de la guerre de sécession » (Tome II - Le Nord)

 

-Photos collection privée-

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